Comment une panne de lave-vaisselle a modifié ma perception du progrès

L’histoire de ma vie est aussi banale qu’une panne de lave-vaisselle. Mais lorsque mon lave-vaisselle est tombé en panne, ma vie m’est soudain apparue moins banale.

Privée de lave-vaisselle durant presque un mois, il m’a fallu m’adonner plusieurs fois par jour à ce que l’univers entier considère comme une corvée: laver et essuyer à la main assiettes, couverts et casseroles recouvertes de mets brûlés et de gras de cuisson. Quelle plaie, pensais-je alors, on se croirait revenu au 18ème siècle! Mais comment faisait-on avant? Quand je pense que ma grand-mère, aujourd’hui âgée de 84 ans, fait toujours la vaisselle à la main! Elle ne sait pas le confort dont elle se prive…

Le réparateur s’est dit surpris que cette machine – pourtant de bonne marque – ait pu donner du service pendant déjà dix ans. J’ai pensé qu’il était surprenant qu’un réparateur puisse être surpris de la longévité d’un appareil conçu à la base pour durer et faciliter la vie de ses propriétaires. Il y a fort à parier qu’à l’époque, les rois de l’électroménager n’avaient pas encore inventé l’obsolescence programmée. Quelle chance! D’après ce monsieur expert en réparation de lave-vaisselle et autre appareils nous délivrant des tâches ménagères moyenâgeuses, une fois réparé notre bon vieux lave-vaisselle serait opérationnel pour 2 ou 3 années supplémentaires – « mais pas plus ». Ah, zut. Commençons notre deuil dès maintenant, cela évitera une trop grande souffrance.

Petit à petit, j’ai commencé à trouver un certain plaisir à faire la vaisselle moi-même. J’étais surprise de trouver des effets bénéfiques à cette panne tragique.

Ma cuisine était toujours propre. Finie, la montagne de vaisselle qui attendait son tour à l’entrée de la machine bourrée de casseroles et d’ustensiles qui, après la douche, ressortiraient trempés avec des restes de nourriture collés sur les parois.

Paradoxalement, en faisait la vaisselle moi-même, je gagnais du temps. Plus besoin d’essuyer les gouttes d’eau restées sur les verres après lavage, ni de relaver les  casseroles ou les cuillères en bois qui ne ressortent jamais propres, ni de relancer le programme une deuxième fois parce que la pastille de lavage n’a pas été extirpée de son compartiment à ouverture automatique. J’ai lu une étude qui disait que parmi toutes les corvées de ménage, les Français détestaient particulièrement sortir la vaisselle du lave-vaisselle pour la ranger. C’était mon cas. Mais en faisant la vaisselle à la main, j’étais finalement débarrassée de cette corvée!

Et puis, faire la vaisselle était devenu mon petit moment à moi, un instant de méditation qui commençait par un grand coup de pied au fesses pour se donner du courage, et se terminait par un agréable sentiment de satisfaction. Pendant que j’étais postée devant l’évier, mon fils jouait calmement dans sa chaise haute, ou dans le salon juste à côté. Il n’avait plus l’occasion de s’emparer du panier à couverts pour jouer avec les fourchettes et les couteaux, provoquant chez maman une réaction d’effroi qui se traduisait toujours par une sévère brimade et une punition au coin.

Bien sûr, faire sa vaisselle à la main est moins économique en terme d’utilisation de l’eau. Sur ce plan, et même s’il existe des astuces pour réduire sa consommation d’eau, le lave-vaisselle semble toujours gagnant. Mais c’est oublier que faire la vaisselle « à l’ancienne » permet d’économiser les coûts liés à l’achat, à l’entretien et à la réparation d’un lave-vaisselle. Les produits d’entretien (liquide de rinçage, sel régénérant, etc.) et de réparation sont chers et incontournables pour faire durer l’appareil le plus longtemps possible. Sa durée de vie est d’ailleurs totalement imprévisible. Quand l’appareil arrive en fin de vie, il faut sortir une somme d’argent imprévue qui peut sérieusement grever le budget pour en acheter un neuf – comme un fait exprès, cela arrive toujours au plus mauvais moment.

Il ne faut pas non plus négliger l’impact sur l’environnement des déchets non recyclables de l’électroménager, dont on se débarrasse en créant dans les pays en développement des déchèteries polluantes et toxiques pour les populations.

Eh oui, en faisant la vaisselle à la main, je me suis surprise à avoir toutes sortes de pensées rétrogrades du style « c’était mieux avant », à propos de notre façon de consommer, des standards de notre société actuelle, des valeurs que nous transmettons à  nos enfants, etc. Aujourd’hui, alors que le lave-vaisselle tourne à nouveau à plein régime, une pile d’assiettes attend son tour à côté de l’évier et je regrette d’avoir cédé à la tentation de la facilité… Oui, on peut trouver du plaisir à faire sa vaisselle soi-même. Oserais-je dire cela à mon entourage sans passer pour une extra-terrestre? Sans doute pas. Entendons-nous bien, je n’ai pas l’intention de laver mon linge au lavoir – dans certains domaines, le progrès a du bon…! Je réalise que faire certaines corvées sans l’aide d’équipement moderne peut être bénéfique, il faut juste une bonne dose de courage pour s’en affranchir.

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3 réflexions sur “Comment une panne de lave-vaisselle a modifié ma perception du progrès

  1. Contente de te voir de retour ^^
    Moi aussi je pense souvent « c’était mieux avant ! » 😉 … Le lave-vaisselle, je n’en ai pas… vais-je céder à la tentation…. ? Ce que je déteste moi c’est passer l’aspi :(… mais un des 2 mini (2.5 ans) adore ça ^_^ Ahhh qu’ils sont mignons à cet âge-là !

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    • Moi aussi, je suis contente de revenir parmi vous et de te retrouver, ma chère Mme Champignon! 🙂
      C’est super de vivre sans lave-vaisselle! Je dis bravo. 🙂 Ah, l’aspi… Bizarrement, j’aime bien. 😉 C’est clair, les enfants adorent, le mien aussi. A tel point qu’on lui a gardé le manche d’un aspirateur cassé, après avoir mis le reste à la déchèterie. C’était mieux que d’acheter un faux aspi en plastique du commerce. C’est vrai qu’ils sont mignons à imiter tout ce qu’on fait 😉

      A bientôt !

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  2. Ah oui c’est pas con ça ! (d’ailleurs j’en ai un qui attend depuis des mois d’être jeté)… la dernière fois Loubilou n’arrivait pas à se faire comprendre… je lui donnais l’aspi, pas content, je lui ai rétrécit le « manche », pas content… >< puis j'ai fini pas comprendre qu'il voulait juste le manche !! Lol. Du coup j'ai continué à passer l'aspi à 4 pattes le temps qu'il se lasse 😀 Oh oui, c'est trop chou quand ils nous imitent ^^

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