Syndrome de l’instabilité chronique

Petite, je voulais devenir journaliste. Et psychologue. Et professeur dans les îles. Et chanteuse de rock, aussi.

Moi, je pensais sincèrement qu’on pouvait faire tout ça dans une vie. Ma mère, elle, s’inquiétait devant ce qu’elle considérait comme un cas typique du syndrome de l’instabilité chronique.

Je ne sais pas qui a raison.

De la psychologie, j’en utilise tous les jours pour ne pas réveiller la bête irascible qui sommeille en mon fils ou pour jongler avec les états émotionnels changeants de ma mère (un véritable cas pratique grâce auquel je peux affiner tous les jours mes connaissances en la matière – merci maman). J’ai aussi fait mon introspection une fois par semaine pendant quatre mois sur un fauteuil Ikea et je lis chaque semaine des articles hautement inspirants de « Psychologie Magazine ». C’est déjà pas mal, je trouve.

Les îles, j’en connais quelques unes pour avoir eu la chance d’y passer des vacances. Ah, le soleil, la plage, le ciel bleu et les cocotiers… A défaut d’avoir pu y enseigner quoi que ce soit, j’ai beaucoup appris de mes séjours dans ces lieux paradisiaques. Par exemple, j’ai appris des trucs imparables pour tenir son mojito au frais le plus longtemps possible par 40°C, et je pense détenir le record de longévité du pied en éventail sur un transat. En m’intéressant davantage aux habitants plutôt qu’aux tortues marines, j’ai pris conscience qu’un décor de carte postale peut cacher une réalité plus proche de l’enfer que du paradis. J’ai compris que les rencontres que nous faisons au cours de nos voyages valent tous les paradis terrestres. Surtout celle avec le barman tellement sympa qu’il t’offre des cocktails en dehors du forfait « all inclusive ».

Chanteuse de rock, ça m’a pris comme ça, vers l’âge de 15 ans. Au lycée, un copain qui faisait de la guitare avec un autre copain batteur m’avait demandé si ça me disait de devenir chanteuse dans leur groupe nouvellement constitué. L’inconscient ne m’avait même jamais entendu chanter. (Pas de bol), j’ai accepté. Et c’est ainsi que j’abandonnai une carrière prometteuse de pianiste virtuose du conservatoire pour me lancer dans cette folle aventure dans l’univers de la musique pop-rock. Avec mon groupe aux noms successifs particulièrement inspirés – U Rock, Nébuleuse, Abysse –  j’ai arpenté les plus grandes scènes improvisées (= on pousse les chaises sur les côtés) des plus célèbres cafés-restaurants de Moselle Est. J’ai chanté dans le même café que Patricia Kaas, ce que je n’aurais jamais pu soupçonner si le propriétaire des lieux ne me l’avait pas fait remarquer environ 342 fois au cours de la soirée, ou que je n’avais pas remarqué la centaine de portraits de l’enfant star de Stiring-Wendel accrochés sur les murs. J’ai chanté « Zombie » des Cranberries devant quelque 120 spectateurs désinhibés par la bière lors de la Fête de la Musique de mon village, c’était incroyable, je pouvais les entrevoir à travers la fumée émanant des barbecues qui laissaient échapper des odeurs de saucisse grillée. Un véritable phénomène local. La fierté de mes parents.

Je souris quand je repense à ces années où tout semblait possible, avant de devenir adulte. Bien que je ne sois pas devenue une star internationale de la chanson (ça se saurait), la musique a tout de même changé ma vie.

C’était bien des années plus tard. J’avais 30 ans, et j’avais mis la chanson entre parenthèse depuis trop longtemps; cela me manquait énormément. Alors, j’avais répondu à une petite annonce publiée sur un site internet spécialisé : « Groupe cherche chanteuse, style pop-rock. » Je me suis présentée. Après trois répétitions et une grosse déception, il me parut plus raisonnable de quitter le groupe mais de garder le petit guitariste au regard doux qui allait devenir quatre ans plus tard mon mari.

Au beau milieu de tout ça, je suis devenue journaliste. Pour de vrai. Avec une carte de presse et tout. J’ai aussi travaillé avec l’Afrique – un rêve que je n’ai pas mentionné au début de cet article, mais qui me tenait à cœur lorsque j’étais adolescente. Je suis allée au Burkina Faso, au Mali, au Sénégal. Ces expériences furent tantôt agréables et enrichissantes, tantôt décevantes.

Malgré les mauvais choix que j’ai pu faire et les obstacles que la vie a mis sur ma route, je me sens fière de pouvoir annoncer à la petite fille que j’étais : « Regarde, j’ai travaillé pour toi, et plusieurs de tes rêves ont été réalisés ». Bizarrement, la petite Lily ne me reproche pas d’être instable. « C’est merveilleux », me répond-elle, avant de me rappeler que je suis arrivée à la moitié de ma vie et qu’il nous en reste plein d’autres à accomplir. « Alors, qu’est-ce que tu attends? N’écoute pas les gens qui ont peur de rêver et fonce. »

A bientôt,

Lily

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